OSER AIMER
“En
aimant, nous nous retrouvons vulnérables”
Des craintes héritées de notre enfance émaillent notre vie affective : la fusion, la rupture, l’attachement.
Explications avec Didier Lauru, spécialiste de l’amour et de ses
débordements.
Pourquoi,
selon vous, l’amour fait-il si peur ?
D’abord
parce que ce sentiment merveilleux et exaltant possède un second visage, fait,
lui, d’aliénation, de peine et de souffrance. Dès la rencontre initiale se
profile le spectre de la fin, où l’amoureux délaissé n’est plus qu’un écorché
vif. L’amour a également ceci d’effrayant que j’ignore pourquoi je suis
amoureux de cette personne en particulier.
Ce mystère m’échappe et, bien que nécessaire au jeu amoureux, me donne envie de fuir. La séparation, fréquente, entre sentiment et désir sexuel – « Avec cette personne que j’aime tant, je n’arrive pas à la plénitude sexuelle », « Je ne peux faire l’amour qu’avec quelqu’un que je n’aime pas vraiment » a justement pour principale fonction de nous protéger de l’amour en le mettant à distance. Longtemps essentiellement masculine, cette dissociation touche désormais les femmes qui, de plus en plus, choisissent des partenaires sexuels auxquels elles pensent être sûres de ne pas s’attacher.
Les
deux sexes seraient-ils aujourd’hui à égalité face à cette peur d’aimer ?
Oui. Mais puisqu’ils n’aiment pas de manière identique, ils ne redoutent pas tout à fait les mêmes catastrophes. L’homme veut tout donner à sa partenaire. Aussi, en cas de rupture, se sentira-t-il vidé, réduit à rien. La femme préfère être aimée et appréhende donc plutôt la blessure d’amour-propre, de se sentir abandonnée. Lui craint de devenir le toutou de madame, sa chose ; elle a peur de devenir son objet sexuel. Cela dit, notre façon personnelle d’avoir peur d’aimer est liée davantage à notre histoire, aux scénarios intérieurs que nous nous sommes forgés qu’à notre appartenance sexuelle.
A quoi rime l’incessant jeu de cache-cache auquel se
livrent tant d’amoureux ?
Il exprime la peur de l’engagement. Les désirs énigmatiques de l’autre, déjà, sont angoissants, et voilà qu’il nous faudrait nous engager. En devenant tout pour un être, je perds ma liberté d’action, ma disponibilité. Je vais être forcé de l’aimer. C’est d’autant plus problématique que, dans mon inconscient, j’ai conservé le souvenir d’avoir été, enfant, le centre du monde pour ma mère, puis d’avoir été brutalement délogé de cette place : elle aimait aussi d’autres personnes. Et cette désillusion s’est inscrite en moi comme le souvenir d’un abandon terrible dont je redoute la répétition.
La mère a-t-elle autant d’importance pour les hommes et
pour les femmes ?
Oui, car, Freud le disait déjà, toute relation amoureuse a pour prototype l’enfant au sein. En aimant, nous nous retrouvons petit enfant, vulnérable. L’être aimé s’apparente à une mère toute-puissante, toujours susceptible d’abuser de notre faiblesse. Il est paré de toutes les perfections, nous ne sommes pas grand-chose ! Nous, psychanalystes, rencontrons des patients incapables de toucher une femme dont ils sont amoureux car, dans leur imaginaire, elle se confond avec leur mère, sacrée.
Cette attitude est extrême…
Oui, bien sûr. Mais elle reflète une tendance très commune. Choisir un(e) partenaire d’une autre couleur de peau, d’une ethnie totalement différente, fait partie des stratagèmes les plus courants pour tenter d’éviter une situation trop proche de ses désirs œdipiens. Bien qu’il soit impossible de prédire le destin amoureux d’un individu, il n’aura sans doute pas le même rapport à l’amour s’il a eu une mère indifférente, dépressive ou, à l’inverse, étouffante. Une chose est sûre : la façon dont il aura été aimé par elle influera notablement sur son devenir amoureux.
Pour oser s’aventurer au pays de l’amour, il faut avoir été aimé, nous dit la psychanalyse.
Pourquoi ?
La question n’est pas d’avoir été aimé ou non – même les orphelins rencontrent à un moment ou un autre un adulte avec qui se développe au moins un embryon d’histoire affective. L’essentiel est : mon entourage précoce m’a-t-il permis de constituer un narcissisme, un amour de soi, structurant et rassurant ? C’est ce dernier, en effet, qui donne la possibilité de construire une relation amoureuse, d’offrir à d’autres ce que l’on a reçu. La façon dont les parents se sont aimés joue également un rôle important.
Le divorce, par exemple, atteint forcément l’enfant, hypersensible aux séparations. D’après mon expérience, cela pourra susciter chez lui deux attitudes opposées. Ou il prendra le contre-pied : « Moi, je vais construire un couple qui marche. » Ceux qui adoptent cette position s’engagent généralement très tôt dans une relation durable. Mais les analystes ne sont pas dupes : cette façon de se jeter sans hésitation dans les bras de l’amour résulte d’une stratégie inconsciente pour chasser la peur de l’abandon, de la séparation. Ou il refusera de s’engager dans une histoire qui dure : dès que se pose la question de l’installation en couple ou, pis, de l’enfant, ce sera la fuite
Y a-t-il un degré de peur qui justement empêche d’être amoureux ?
Je crois
l’amour plus fort que tout. L’expérience du coup de foudre en est la meilleure
preuve. Quand il vous tombe dessus, impossible de résister. Quel que soit votre
âge, vous redevenez temporairement un bébé, incapable de s’exprimer verbalement,
sidéré, fasciné par le regard de sa "mère" son ou sa partenaire.
Effrayant ? Cet état sera transitoire, l’amour ne dure pas, mais sur le moment,
il est imparable. On ne choisit pas de tomber amoureux, on l’est, car quelque
chose en nous nos défenses, nos peurs
tombe. Le tout, en fait, est de savoir combien de temps, on va hésiter à
s’engager dans l’histoire. Même si, au début, on se dit : « Méfiance, méfiance,
j’ai déjà connu ça et ça s’est mal terminé », si l’on est réellement
amoureux, on ne résistera pas très longtemps…
Didier Lauru :
Psychiatre
et psychanalyste, il travaille depuis plusieurs années sur l’amour, ses
délices, ses excès, ses blocages. Sur le sujet, il est l’auteur notamment de
“Tomber en amour” (Erès, 2001). Dernier ouvrage paru : “Figures du père à
l’adolescence” (Erès, 2004).
Isabelle
Taubes pour psychologies.com

Commentaires
Karine le 07/12/2008 à 15:08:11Ringarde la lettre d’amour ? A l’heure des échanges virtuels, il n’y a rien de plus touchant et de plus charmant ! Alors Restons en Forme la remet au goût du jour. Et vous dispense quelques conseils pour qu’à votre tour vous vous lanciez.
Dévoiler son âme à travers les mots, voilà la définition de la lettre d’amour. Une noble cause pas aussi évidente qu’il y paraît. Difficile en effet d’avoir une prose aux envolées lyriques quand on n’est guère habitué à rédiger des mails de plus de cinq lignes. A l’occasion de la Saint-Valentin ou d’un anniversaire (de rencontre, de mariage…), certains courageux prennent leur plume à deux mains et tentent tant bien que mal d’aligner quelques mots romantiques. Si vous voulez vous lancer, Restons En Forme vous aide à réunir les ingrédients nécessaires pour une déclaration des plus réussies.
Ce qui vous fait craquer…
L’amour, c’est beau… mais aussi tellement vague ! Mieux vaut commencer la lettre sur de bonnes bases. Dans la première partie, dites-lui ce qui vous émeut le plus en elle/lui. Ainsi, dans la lettre que vous intitulerez comme bon vous semble (Mon chouchou, Mon canard…), exprimez clairement ce qui vous touche chez l’autre. Exemple : ” J’aime ta vision du monde si enfantine et pourtant si lucide. ” Simple, non ? Pour être sûr d’obtenir un bon résultat, listez les qualités de votre partenaire.
Ce qui fait que ça dure entre vous…
Après avoir parlé de sa vie à lui/elle, parlez de votre vie à deux. C’est la deuxième étape. N’hésitez pas à employer le ” nous “. Vos défis communs, les obstacles que vous avez surmontés, les délicieux moments que vous avez vécus… il n’y a aucun sujet tabou ! Souvenez-vous de vos vacances, de vos soirées, de vos fous rires. Rappelez-lui ce que la vie à deux peut apporter comme plaisir à l’un comme à l’autre. Ça sera l’occasion pour tous les deux de faire le point sur cette relation. Une relation où le ” Je t’aime ” ose enfin s’afficher, peut-être pour la première fois avec cette lettre d’amour.
Ce que vous souhaitez lui apporter…
Une lettre d’amour, c’est un peu comme une lettre de motivation. On dit clairement ce qu’on peut faire de mieux si on est deux, ce qu’on peut apporter à l’autre et vice-versa. On en vient donc à la partie la plus intéressante : vous ! Mais c’est aussi la plus difficile à écrire. Souvent, les personnes ont du mal à se mettre en avant et à valoriser leurs actions. Il vous faudra écrire la vérité sans trop en rajouter. Inutile de vous déclarer chevalier de la table ronde. De nouveau, faites une liste de vos points forts. Exemple : votre sagesse, votre sportivité, votre bonne humeur, vos talents culinaires, etc. Cherchez bien ! Vous en trouverez facilement une dizaine. Pour les agencer dans le texte, ne les mettez pas les uns à la suite des autres mais bien en suite logique. Ainsi, si vous êtes plutôt patient quand il/elle prend son temps dans la salle de bain, rajoutez que vous n’êtes jamais avare de compliments sur son look et sa beauté.
Ne lésinez pas sur la forme
Une vraie lettre d’amour n’est pas réalisée sur du papier ordinaire. Faites un tour en papeterie, vous y trouverez toutes sortes de papier grammé. Il y en aura au moins un qui correspondra à vos envies. De même, pour le stylo que vous employez, n’employez pas de bille, de crayon et de fluo ! Si vous ne vous sentez pas à l’aise pour écrire avec une plume, préférez le stylo à gel. Et pourquoi pas un stylo parfumé ? Enfin, il ne vous reste plus qu’à refermer l’enveloppe contenant votre précieux message… et à vous assurer que votre amoureux la trouve sans trop de difficultés !