La passion amoureuse peut-elle durer ?
Amour. Passion. Sentiment amoureux. Un article pour y voir plus clair.
La passion amoureuse peut-elle durer ?
Non.
Voilà c'est dit, autant être clair dès le début, l'état passionnel ne dure pas.
Encore faut-il s'entendre sur les mots : " La passion est une émotion puissante et continue, qui domine la raison ". C'est Larousse qui le dit, mais je suis assez d'accord !
L'amour dure, oui, et varie au cours du temps. " L'amour, nous dit encore Larousse, est un sentiment très intense, un attachement englobant la tendresse et l'attirance physique entre deux personnes ". Nous voilà clairs au moins sur ces deux définitions. Mais nous contenterons-nous de cette brièveté ? Tant de livres, et avant eux de parchemins, se sont consacrés à la question. Tant de poètes, encore chantants ou disparus, nous en font l'éloge…
Nous sentons tout de suite que c'est en partie là que se situe le creuset de cette question : La passion amoureuse peut-elle durer ? Parce que justement, ce que chantent les poètes, c'est la passion, et lorsqu'ils pleurent c'est parce qu'elle leur échappe. Et avec eux les livres, les films, les chansons, les affiches publicitaires et les contes de fées, tout concorde à entretenir l'idée que l'amour doit être passionnel ou ne pas être…
Or la passion, ceux qui l'ont vécue le savent, nous fait pousser des ailes dans le dos, nous donne envie de chanter sous la douche, nous porte aux sommets du bonheur et plus haut encore, mais elle nous tourmente également, nous ravage et parfois nous envoie droit dans le mur ou dans les profondeurs obscures des tortures de l'âme… Est-ce si sain finalement ?...
En fait, tout se passe un peu comme si, lorsque nous rencontrons une personne dont nous tombons amoureux (tombons ? Tiens déjà ce mot, c'est curieux…), quelque chose s'allume en nous face à une série de critères qui nous attirent. Pourquoi ? Devrions-nous les analyser ? Ou se laisser porter par les mystères de l'Amour ? Ce n'est pas le propos ici.
Mais imaginons un instant que nous soyons tous composés d'une centaine de pièces, comme un puzzle. Lorsque nous tombons amoureux, surtout s'il s'agit d'un coup de foudre, qui est donc une brutale explosion amoureuse et assez immédiate, de combien de pièces du puzzle de l'autre sommes-nous conscients ? Dix ? Vingt ? Rarement plus. (J'aime sa voix, sa façon de bouger, son sourire me fait fondre, sa timidité me trouble, et le récit de son voyage était tellement passionnant… Et puis, ces chaussures rouges ! Mmmhh…) Je me trouve à ce moment dans une période de ma vie propice à l'amour, soit que je suis en manque, soit que j'en vis un qui s'essouffle, soit que je suis irrémédiablement romantique, mais c'est comme ça, boum, je " tombe " amoureux et entre dans la passion. Cela veut dire que je me mets à aimer de façon somme toute assez irrationnelle quelqu'un que je ne connais pas encore très profondément. Je l'aime de façon passionnelle parce que je sais (je sens ?) qu'il est mon Idéal, mon âme sœur, mon Autre, mon complément, celui ou celle que j'attendais, qui est fait pour moi, toute cette route derrière moi n'a eu pour seul but que de me mener à lui ou à elle.
Alors là, deux possibilités. (D'accord, cette manière de décortiquer les choses de l'Amour n'est pas du tout romantique, vous pouvez arrêter votre lecture ici, je ne m'en vexerai pas ! Mais je sais que vous continuerez… Aaah, l'amouuur !)
Soit cette passion est réciproque, soit elle ne l'est pas ! Aïe !
Si elle ne l'est pas ? Ce n'est pas le sujet de cet article, nous verrons une autre fois.
Mais si nous sommes tous deux emportés par la passion, la puissance multiplicatrice de ce phénomène merveilleux ne fait que nous confirmer l'un l'autre dans la justesse de notre choix. C'est une période bénie, ne le nions pas. Quiconque a vécu une période de passion partagée ne l'oubliera jamais. Ce sont souvent les plus belles années de notre vie amoureuse, ou disons, les plus fortes et elles nous marquent pour toujours. Avec le piège que cela comporte, celui d'une référence, d'un niveau d'intensité qu'on souhaiterait infiniment retrouver…
Parfois même si la réciprocité n'est pas parfaite, la peur de perdre l'autre, de ne pas l'avoir tout à fait ne fait qu'intensifier notre passion. Le sentiment de manque, qui confine parfois à la douleur est intense et nous l'interprétons comme un signe certain d'amour…
Mais revenons à notre puzzle. Que se passe-t-il pendant cette période passionnelle ?
Prenant appui sur la vingtaine de pièces qui nous enchantent, qui nous charment (tiens, là aussi des mots à double sens…), nous n'attendons rien d'autre qu'une confirmation évidente que les 80 autres pièces nous plairont tout autant ! Nous sommes sûrs que ce sera le cas, parce que nous ne pouvons tout simplement pas imaginer autre chose. C'est ça que nous voulons, c'est ça que nous aimons. Nous aimons donc la projection de nos fantasmes. Nous aimons notre désir d'aimer, nous sommes dans notre propre besoin, dans notre besoin de fusion et d'amour inconditionnel. Comme aux temps heureux où nous étions un petit bébé qui n'avait aucune conscience du fait qu'il était un bébé ! Il se sentait merveilleusement bien dans les bras de sa maman, souriait aux anges, se sentait contenté au moindre de ses besoins, entendu, câliné, reconnu, aimé sans conditions, qu'il aille bien ou mal…
Non que nous souhaitons revenir au stade bébé, là n'est pas la question, mais au fond de tous les anciens bébés heureux s'est inscrite cette nostalgie d'un paradis perdu, que la poésie ou le langage populaire traduisent volontiers par des mots tels que " ma moitié, mon alter ego… " Et si cette période première de notre vie n'a pas été si heureuse que cela, elle peut aussi s'être inscrite en creux, en manque, en besoin à peine effleuré et jamais assouvi, que nous essayerons désespérément de retrouver à travers la passion amoureuse.
Dans les premières semaines, voire les premiers mois de cette relation d'amour, nous irons instinctivement vers les nouvelles " pièces " à découvrir qui nous conviennent et l'enchantement continuera. Aussi longtemps que possible. Parce que le plaisir et la joie amoureuse sont des émotions tellement merveilleuses que nous faisons tout ce qu'on peut pour les faire durer. (Sauf les saboteurs, mais ça c'est une autre histoire…)
Mais la perfection n'étant PAS de ce monde malheureusement et un jour viendra où nous découvrirons une pièce " imprévue " ! Ciel !
L'amour est aveugle, dit-on. L'amour, je ne sais pas, la passion certainement. Alors, c'est que je me suis trompé, ce n'est pas possible, et je referme le tiroir aussi vite. Mais les jours passent et je dois bien me rendre à l'évidence que la personne que j'ai en face de moi, dans mes bras, dans mon lit, n'est pas celle que je croyais ! Elle est différente de " mon projet ", de mon idéal… Diantre ! Que fais-je avec cela ?
De deux choses l'une : soit, la découverte est insupportable, on commence par dire " Tu as bien changé depuis qu'on se connaît ! " avec tous les reproches que cela comporte, " Je ne te connaissais pas sous cet angle ! " Ben, forcément ! Et on rompt. Tant bien que mal. (L'Art de bien rompre, tiens voilà un autre article en vue…)
Soit la découverte est surmontable, c'est ce que l'on vous souhaite, et vous découvrez que l'être aimé est AUTRE que votre idéal, mais qu'il est formidable néanmoins et mérite certainement votre amour.
Amour… Oui, parce qu'ici, en effet, les sentiments qu'on portait à cette personne se colorent différemment, ils se nuancent de réalisme, quittent l'exaltation pour entrer dans une phase plus calme, mais sans doute plus profonde. Plus respectueuse aussi, parce que dans l'acceptation d'un autre vraiment autre, ne répondant pas à toutes nos attentes, mais nous apportant des cadeaux inattendus !
C'est parfois une époque fragile dans la vie d'un couple, mais elle est inévitable et nécessaire pour entrer dans la durée, dans l'engagement, et nous aurons de belles années pour prendre le temps de découvrir toutes ces petites pièces que nous ne connaissons pas encore.
Surprises, surprises
L'amour dure, oui, et varie au cours du temps. " L'amour, nous dit encore Larousse, est un sentiment très intense, un attachement englobant la tendresse et l'attirance physique entre deux personnes ". Nous voilà clairs au moins sur ces deux définitions. Mais nous contenterons-nous de cette brièveté ? Tant de livres, et avant eux de parchemins, se sont consacrés à la question. Tant de poètes, encore chantants ou disparus, nous en font l'éloge…
Nous sentons tout de suite que c'est en partie là que se situe le creuset de cette question : La passion amoureuse peut-elle durer ? Parce que justement, ce que chantent les poètes, c'est la passion, et lorsqu'ils pleurent c'est parce qu'elle leur échappe. Et avec eux les livres, les films, les chansons, les affiches publicitaires et les contes de fées, tout concorde à entretenir l'idée que l'amour doit être passionnel ou ne pas être…
Or la passion, ceux qui l'ont vécue le savent, nous fait pousser des ailes dans le dos, nous donne envie de chanter sous la douche, nous porte aux sommets du bonheur et plus haut encore, mais elle nous tourmente également, nous ravage et parfois nous envoie droit dans le mur ou dans les profondeurs obscures des tortures de l'âme… Est-ce si sain finalement ?...
En fait, tout se passe un peu comme si, lorsque nous rencontrons une personne dont nous tombons amoureux (tombons ? Tiens déjà ce mot, c'est curieux…), quelque chose s'allume en nous face à une série de critères qui nous attirent. Pourquoi ? Devrions-nous les analyser ? Ou se laisser porter par les mystères de l'Amour ? Ce n'est pas le propos ici.
Mais imaginons un instant que nous soyons tous composés d'une centaine de pièces, comme un puzzle. Lorsque nous tombons amoureux, surtout s'il s'agit d'un coup de foudre, qui est donc une brutale explosion amoureuse et assez immédiate, de combien de pièces du puzzle de l'autre sommes-nous conscients ? Dix ? Vingt ? Rarement plus. (J'aime sa voix, sa façon de bouger, son sourire me fait fondre, sa timidité me trouble, et le récit de son voyage était tellement passionnant… Et puis, ces chaussures rouges ! Mmmhh…) Je me trouve à ce moment dans une période de ma vie propice à l'amour, soit que je suis en manque, soit que j'en vis un qui s'essouffle, soit que je suis irrémédiablement romantique, mais c'est comme ça, boum, je " tombe " amoureux et entre dans la passion. Cela veut dire que je me mets à aimer de façon somme toute assez irrationnelle quelqu'un que je ne connais pas encore très profondément. Je l'aime de façon passionnelle parce que je sais (je sens ?) qu'il est mon Idéal, mon âme sœur, mon Autre, mon complément, celui ou celle que j'attendais, qui est fait pour moi, toute cette route derrière moi n'a eu pour seul but que de me mener à lui ou à elle.
Alors là, deux possibilités. (D'accord, cette manière de décortiquer les choses de l'Amour n'est pas du tout romantique, vous pouvez arrêter votre lecture ici, je ne m'en vexerai pas ! Mais je sais que vous continuerez… Aaah, l'amouuur !)
Soit cette passion est réciproque, soit elle ne l'est pas ! Aïe !
Si elle ne l'est pas ? Ce n'est pas le sujet de cet article, nous verrons une autre fois.
Mais si nous sommes tous deux emportés par la passion, la puissance multiplicatrice de ce phénomène merveilleux ne fait que nous confirmer l'un l'autre dans la justesse de notre choix. C'est une période bénie, ne le nions pas. Quiconque a vécu une période de passion partagée ne l'oubliera jamais. Ce sont souvent les plus belles années de notre vie amoureuse, ou disons, les plus fortes et elles nous marquent pour toujours. Avec le piège que cela comporte, celui d'une référence, d'un niveau d'intensité qu'on souhaiterait infiniment retrouver…
Parfois même si la réciprocité n'est pas parfaite, la peur de perdre l'autre, de ne pas l'avoir tout à fait ne fait qu'intensifier notre passion. Le sentiment de manque, qui confine parfois à la douleur est intense et nous l'interprétons comme un signe certain d'amour…
Mais revenons à notre puzzle. Que se passe-t-il pendant cette période passionnelle ?
Prenant appui sur la vingtaine de pièces qui nous enchantent, qui nous charment (tiens, là aussi des mots à double sens…), nous n'attendons rien d'autre qu'une confirmation évidente que les 80 autres pièces nous plairont tout autant ! Nous sommes sûrs que ce sera le cas, parce que nous ne pouvons tout simplement pas imaginer autre chose. C'est ça que nous voulons, c'est ça que nous aimons. Nous aimons donc la projection de nos fantasmes. Nous aimons notre désir d'aimer, nous sommes dans notre propre besoin, dans notre besoin de fusion et d'amour inconditionnel. Comme aux temps heureux où nous étions un petit bébé qui n'avait aucune conscience du fait qu'il était un bébé ! Il se sentait merveilleusement bien dans les bras de sa maman, souriait aux anges, se sentait contenté au moindre de ses besoins, entendu, câliné, reconnu, aimé sans conditions, qu'il aille bien ou mal…
Non que nous souhaitons revenir au stade bébé, là n'est pas la question, mais au fond de tous les anciens bébés heureux s'est inscrite cette nostalgie d'un paradis perdu, que la poésie ou le langage populaire traduisent volontiers par des mots tels que " ma moitié, mon alter ego… " Et si cette période première de notre vie n'a pas été si heureuse que cela, elle peut aussi s'être inscrite en creux, en manque, en besoin à peine effleuré et jamais assouvi, que nous essayerons désespérément de retrouver à travers la passion amoureuse.
Dans les premières semaines, voire les premiers mois de cette relation d'amour, nous irons instinctivement vers les nouvelles " pièces " à découvrir qui nous conviennent et l'enchantement continuera. Aussi longtemps que possible. Parce que le plaisir et la joie amoureuse sont des émotions tellement merveilleuses que nous faisons tout ce qu'on peut pour les faire durer. (Sauf les saboteurs, mais ça c'est une autre histoire…)
Mais la perfection n'étant PAS de ce monde malheureusement et un jour viendra où nous découvrirons une pièce " imprévue " ! Ciel !
L'amour est aveugle, dit-on. L'amour, je ne sais pas, la passion certainement. Alors, c'est que je me suis trompé, ce n'est pas possible, et je referme le tiroir aussi vite. Mais les jours passent et je dois bien me rendre à l'évidence que la personne que j'ai en face de moi, dans mes bras, dans mon lit, n'est pas celle que je croyais ! Elle est différente de " mon projet ", de mon idéal… Diantre ! Que fais-je avec cela ?
De deux choses l'une : soit, la découverte est insupportable, on commence par dire " Tu as bien changé depuis qu'on se connaît ! " avec tous les reproches que cela comporte, " Je ne te connaissais pas sous cet angle ! " Ben, forcément ! Et on rompt. Tant bien que mal. (L'Art de bien rompre, tiens voilà un autre article en vue…)
Soit la découverte est surmontable, c'est ce que l'on vous souhaite, et vous découvrez que l'être aimé est AUTRE que votre idéal, mais qu'il est formidable néanmoins et mérite certainement votre amour.
Amour… Oui, parce qu'ici, en effet, les sentiments qu'on portait à cette personne se colorent différemment, ils se nuancent de réalisme, quittent l'exaltation pour entrer dans une phase plus calme, mais sans doute plus profonde. Plus respectueuse aussi, parce que dans l'acceptation d'un autre vraiment autre, ne répondant pas à toutes nos attentes, mais nous apportant des cadeaux inattendus !
C'est parfois une époque fragile dans la vie d'un couple, mais elle est inévitable et nécessaire pour entrer dans la durée, dans l'engagement, et nous aurons de belles années pour prendre le temps de découvrir toutes ces petites pièces que nous ne connaissons pas encore.
Surprises, surprises

Commentaires
Pascaline le 02/12/2008 à 19:17:16La passion amoureuse est destructrice, c'est pour cela qu'elle ne peut durer.Elle rend l'homme ou la femme qui en est victime dépendant.C'est cette dépendance qui finit par tuer la relation, car sans l'autre...on devient malade comme un chien...au point de se déprécier par son attitude vis à vis de l'autre.
Au lieu de vivre la folie de l'instant présent, on se met à anticiper le manque de l'autre...
Patrick le 29/11/2008 à 12:57:56
La PASSION
Source de motivation
La passion est souvent recommandée.
Elle est souvent vue comme moteur de la vie et de la motivation.
Les passions peuvent être de toutes sortes (pour le cinéma, pour le travail, pour le sport, pour les collections de timbres...)
J’évoquerai naturellement la passion amoureuse. Néanmoins, de nombreux aspects de celle-ci pourront aisément être explicites pour d’autres types de passions…
La passion amoureuse a naturellement un côté merveilleux. Elle contient ce potentiel d’élan qui fait vibrer.
Ce type de passion a "un plus" par rapport aux autres passions car elle pousse deux êtres l’un vers l’autre avec une fougue qui ne s’encombre pas de la raison.
La passion est aveugle, naturellement. C’est, à la fois, un inconvénient et un avantage, comme je vais l’expliquer plus loin.
La passion est sans doute la meilleure chose "inventée" par l’homme pour amorcer une sortie de son ego et se libérer des limitations de son intellect.
En effet, ce brin de folie a une valeur libératrice face aux enfermements intellectuels, trop raisonnables. Mais justement, aussi à cause de cela, elle peut également causer des destructions douloureuses… hélas rien n’est tout blanc ou tout noir.
Reprenons au début
Un être humain a bigrement de difficultés à accepter la différence des autres…
Oh ! Certes, nous n’arrêtons pas d’évoquer le droit à la différence, nous nous offusquons face au racisme et à l’intolérance. Tout ceci est plus que louable ! Mais qu’en est-il vraiment ? Sommes nous déjà seulement capable d’accueillir la différence des êtres qui vivent sous notre toit ? Oui ? Oui et non ?
Ce sont souvent les êtres que nous aimons le plus que nous écoutons le moins ! Comment se fait-il ? Simplement nous pensons tellement bien les connaître que nous ne songeons même pas à vraiment les écouter. Dès qu’ils commencent à parler, nous imaginons déjà la suite pour répondre à leur demande (celle que nous avons imaginée, mais pas forcément celle qu’ils exprimaient !)
Plus nous croyons connaître l’autre, moins nous savons l’écouter car la conscience que l’autre est " autre " nous échappe en permanence.
La différence fait un peu peur non pas parce que nous sommes des monstres, mais peut être parce que si nous ne sommes pas "pareils", alors nous nous sentons seuls, en danger, sans appartenance.
Alors nous compensons cette insuffisance d’existence personnelle par notre ego qui nous conduit à faussement nous affirmer et à trop souvent faire de l’ombre à l’autre. Judicieuse béquille… mais encombrantes conséquences. Alors la vie est maligne (nous sommes inconsciemment très malins). La passion vient à notre secours !
Un mal pour un bien
Remarquons curieusement que le mot passion signifie "douleur". Voilà une surprise ! Mais en fait, le passionné souffre. Ça lui fait mal ! Il vit une douloureuse alternance d’euphorie (quand l'objet de la passion est là) et de manque (quand l'objet de la passion n'est pas là).
Avant la passion, l’être humain est égoïste. Il s’est consolidé en développant des moyens de "profiter" de la vie sans se soucier des autres. La personne égoïste ne souhaite de mal à personne (ni de bien d’ailleurs). Mais elle se moque totalement des conséquences sur autrui que causeront les avantages qu’elle s’octroie à elle-même. Bien que ce ne soit pas son projet, cela peut la rendre très nuisible à son environnement.
Alors la passion vient à point. Celui qui ne pense qu’à se faire plaisir va ici découvrir quelqu’un à qui faire plaisir. Mais dans la passion, ce quelqu’un n’est pas tout à fait quelqu’un ! Il est l’objet de la passion.
Ce qui caractérise le passionné par rapport à l’égoïste, c’est que l’égoïste ne pense qu’à lui alors que le passionné ne pense qu’à l’objet de sa passion. Pour l’environnement, ça ne change apparemment pas grand chose, car il reste complètement inconscient des autres. Mais la situation est fort différente.
Regardez, quand vous lisez un livre qui vous intéresse, vous allez vous aménager des moments pour profiter de votre lecture, mais vous continuerez à prendre soin de vous, vous n’omettrez pas de manger et de dormir. Il en va tout autrement si l’ouvrage se met à vous passionner : Vous sauterez vos repas, vous vous coucherez très tard pour le finir. A ce moment votre lecture est alors devenue plus importante… même que vous-même ! C’est ça la passion. Dans la passion amoureuse, c’est aussi cela… mais à la puissance 1000.
L’égoïste, grâce à cette passion, cesse d’être égoïste. Il n’est toujours pas conscient des autres, mais au lieu de se vouer à lui-même, il se voue à l’objet de sa passion. Évidemment ça ne change rien pour les autres autour. Mais pour lui le changement est d'importance car il cesse d'être tourné vers lui seul.
Un serre joint à défaut de prise rapide
Quand nous collons deux pièces de bois, il est nécessaire de les maintenir serrées en attendant que la colle prenne. Pour cela on utilise ce qu’on appelle un serre joint ! Si on le défait trop tôt… les pièces se décollent !
La passion joue un peu ce rôle ! Désolé si l’exemple n’est pas très romantique ! Je ne suis pas le dernier à être sensible à la poésie, à l’amour et à tout ce qui permet de l’exprimer. Mais là, il y a une nécessité de vie et de développement de l’être humain qui est juste au niveau du serre joint.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas l’amour qui fonde un couple. L’amour n’y est que potentiel. Il y est ressenti comme une promesse à venir qui donne tout son sens à cette rencontre. Mais au début il ne s’agit pas d’amour: Il s’agit de besoin de l’autre. Un besoin de l’autre qui contient une promesse d’absolu. Alors tout devient consacré à cet "autre" exceptionnel.
Incapable encore de s’ouvrir à la différence de "l’aimé(e)", ni à la richesse de cette différence, le besoin de l’autre joue le rôle d’un serre joint en attendant la prise du ciment d’amour ! L’amour est une colle d’un type particulier. Il permet à ceux qui s’aiment (qui ont dépassé le stade amoureux) d’être unis par une dimension qui les rapproche sans jamais altérer ni leur liberté, ni leur intégrité, ni leur respect de l’autre. Cela ressemble sans doute à une sorte de cinquième dimension où le sentiment n’est plus un lien, mais une profonde ouverture à l’aimé(e).
L’amour n’est certainement pas un lien, mais plutôt une ouverture, un respect, un partage, une grande considération et reconnaissance… il s’y trouve des délices plus grands et plus fulgurants que dans la passion, que ce soit au niveau de la sensualité, de la communication, du partage. Peut être dans un autre article je préciserai les différences entre la pulsion, le désir et l’amour qui sont des éléments très distincts dans la vie d’un couple, mais tous importants.
La passion, elle, est bel et bien un lien, un attachement, une dépendance. Les circonstances y sont vécues dans un fabuleux élan… mais aussi dans une certaine irréalité qui empêche de s’y trouver vraiment comblé.
Ce lien, parfois, décrié par les amateurs de liberté, est une incontournable nécessité. En faire l’économie c’est ne pas trouver la liberté. C’est comme ça que j’ai vu des gens si "attachés à la liberté" qu’ils n’ont jamais fait l’expérience d’être libre !
Le fameux "ciment d’amour" ne semble pas être à prise rapide. Si la passion disparaît avant que l’amour ne soit à point… alors les pièces se détachent… et partent chacune de leur côté. C’est ainsi que certaines personnes expérimentent plusieurs "collages" infructueux. La difficulté pour la fois suivante étant qu’il reste toujours des traces de colle de la tentative précédente…Ce n’est pas ici l’objet de développer ce sujet, mais je rappellerai juste qu’on est vraiment libre qu’une fois réconcilié. Ceux qui finissent une histoire ne pourront en démarrer une autre pleinement que s’ils sont libres de la précédente… et ils ne seront libres de la précédente que parfaitement réconciliés. Je ne peux dans le cadre de cet article développer d’avantage la notion de réconciliation. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le dossier psychothérapie de ce site.
Une judicieuse cécité
Partons du principe que la passion est réciproque. Ce n’est malheureusement pas forcément vrai. Vous avez sans doute remarqué que les histoires d’amour de notre littérature sont pleines de ces situations où l’un aime l’autre qui ne l’aime pas qui lui-même aime un autre qui ne l’aime pas non plus qui …etc
Mais assez souvent, heureusement, nous trouvons des amoureux réciproquement amoureux. Dans ce cas ils bénéficient tous deux d’une judicieuse cécité. Pourquoi judicieuse ? Et bien elle permet de ne pas voir la différence de l’autre. Ceci est judicieux car l’amour ne permet pas encore, à ce stade, d’accueillir cette différence.
Cette cécité va permettre à deux êtres de se côtoyer de très près, malgré leur faible capacité à accueillir la différence de l’autre. La situation est à la fois merveilleuse et cocasse : chacun est aveugle à la différence de l’autre (différence qu’il ne saurait pas encore accueillir) et en même temps chacun se cache un peu à l’autre afin de ne lui montrer que ce qui lui plait (pour mieux le séduire). Nous avons donc un aveugle qui rencontre une personne cachée. Il est évident que ça aide énormément à ne pas être gêné par la différence !
Mais c’est grâce à cela, si tout se passe bien, que l’ego va se défaire pour continuer à cheminer vers une plus grande considération de l’autre.
Le détachement de l’ego
A l’intérêt égoïste succède donc la passion. Puis quand la passion s’atténue (parfois même elle s’arrête d’un coup), ce qui était caché par la discrétion de l’un et par la cécité de l’autre apparaît.
A la passion succède alors la désillusion (réveil)! A la désillusion succède la déprime, premier niveau de conscience venant après des niveaux d’inconscience. Notez l’aspect remarquable du mot dé-primer. Primer c’est mettre en premier, déprimer c’est ne plus mettre en premier.
Cela semble une catastrophe. Il est vrai que ce peut être extrêmement douloureux ! Cela va de la douleur parfaitement surmontable jusqu’à l’intolérable conduisant au suicide. C’est donc à prendre très au sérieux. Mais ce qui semble une catastrophe est en fait un réveil, pour ne pas dire une naissance de la conscience qui s’ouvre d’abord à soi-même, puis à l’autre.
Cette expérience du vide est une invitation à se combler en découvrant de façon plus précise la véritable origine de nos vides que jusque là nous ne faisions que compenser.
C’est une étape majeure au cours de laquelle un individu s’ouvre à lui-même. S’il est capable de rencontrer et d’accueillir ce qu’il trouve en lui, il devient ensuite capable de s’ouvrir aux autres et se retrouve libre de son ego.
L’affirmation de soi est très différente de l’ego. L’affirmation de soi est l’accueil de soi (c’est à dire de celui que nous sommes, de tous ceux que nous avons été et de ceux, dont nous sommes issus). L’ego (ce que l’on paraît) et la personnalité (ce que l’on joue) sont très différents de ce que l’on est (personna= masque de théâtre).
L’ego et la personnalité ne sont que des béquilles venant compenser le manque d’être et d’affirmation de soi, comme si ces manques dans notre structure psychique nous rendaient bancales. La béquille est salutaire, la déprime aussi. Elle signe le début de l’autonomie. Mais comme après un plâtre compensant momentanément une fracture, la phase de " rééducation " peut être longue et douloureuse. Cependant elle promet une délicieuse autonomie.
Couple, creuset de vie
Un couple est le lieu quasi magique de cette alchimie conduisant un être humain de l’inconscience de soi et d’autrui vers une conscience de soi et d’autrui. Comme dans le creuset de l’alchimiste, parfois ça chauffe un peu !
L’alchimiste n’a pas trouvé la pierre philosophale permettant de changer le plomb en or. Mais le couple a trouvé comment à partir de l’ego bâtir l’amour. Il y a certainement autant de différence entre l’ego et l’amour qu’il en a entre le plomb et l’or ! Et il semble que ça marche. Oh, certes pas toujours. De nombreux couples sont en souffrance. Mais de comprendre tout cela pourra un peu les aider.
Les enjeux sont même encore plus nobles. Très souvent un couple vit une aventure systémique. C’est à dire que les problèmes de l’un sont exactement ceux qu’il faut pour aider l’autre à prendre conscience des siens (et inversement). Quand je dis "problèmes", je veux dire "les manques qui nous habitent" : toutes ces parts de celui que nous sommes, de tous ceux que nous avons étés et de ceux dont nous sommes issus qui n’ont encore pu trouver leur place dans notre structure psychique. Le couple est le lieu d’exception où cela peut s’accomplire.
Cela lui confère un aspect précieux où, curieusement, ce qui nous gène le plus chez l’autre est souvent la raison spéciale pour laquelle on a été inconsciemment vers lui plutôt que vers un autre. Ce que l’on reproche le plus, est souvent inconsciemment ce dont on est le plus demandeur ! Naturellement le couple n’est pas le seul lieu de l’existence où se produit cette maturation. D’autre situations comme les réussites et les échecs professionnels, l’aboutissement plus ou moins heureux de projets (maison, voiture, activité sportive…etc), appartenance à un club…. Toutes ces circonstances aident dans ce même sens.
Mais le couple reste un lieu privilégié car très intime. Il s’y joue des enjeux subtils d’ouverture à l’autre, de découverte de soi.
Après la passion… l’amour
Un couple commence donc son histoire par la passion. Celle-ci a fait couler tellement d’encre (aussi hélas parfois un peu de sang).
Le piège est de croire que quand la passion diminue ou s’arrête, le couple est fini. En réalité ce n’est pas là qu’il finit, c’est là qu’il commence. C’est là que le mot Amour prend tout son sens : Passer d’un besoin de l’autre à une ouverture à l’autre.
Certains évoquent à tort, pour décrire cette mutation des sentiments, une sorte de passage d’un feu vivifiant vers une tendresse lénifiante. C’est sans doute qu’ils n’ont jamais franchi le cap.
Dans la passion le vécu est imaginaire et ne comble jamais. S’il semble vivifiant ce n’est qu’en comparaison de notre torpeur.
Dans l’amour le vécu est dans une réalité jusqu’au plus profond de soi et apporte un sentiment de plénitude. On n’y connaît plus le manque. La rencontre y est au delà de tout ce que peut s’imaginer un passionné.
Il s’agit alors d’une vie emplie d’ouverture à l’autre, de respect, de liberté mais aussi de sensualité. Une sensualité ouverte à la vie (par la vue, le toucher, le goût, l’ouie…), une sensualité évidemment aussi dans la sexualité. Cette sexualité ne s’y vit plus dans le besoin de l’autre. Les trois composantes "désir, pulsion et amour" y trouvent leur équilibre pour offrir au couple s’aimant ce qu’il y a de plus grand à vivre.
Passer de la passion à l'amour, c'est passer de l'imaginaire à la réalité. C'est passer de la magie d'un feu d'artifice à la véritable fête qui le suit. La fin du feu d'artifice ne marque pas la fin de la fête mais son début.
La passion est comme une flamme qui nous attire en nous faisant croire que rien n'existe autour. Elle se vit dans l'imaginaire, mais elle est un fabuleux moteur vers la suite. Dans cette suite, la flamme de départ peut sembler dérisoire car l'amour , lui, est plutôt comme une étoile donnant naissance à des planètes. Il s'y trouve un monde habité où la véritable rencontre peut s'accomplir. Cette rencontre se vit dans la réalité et fait du quotidien une fête grandiose... si grandiose qu'elle en est illimitée.
La passion n'est ni mieux ni moins bien que l'amour. Ce sont des étapes différentes toutes deux importantes, dont l'une prépare l'arrivée de l'autre.
S'enfermer dans la première nous prive de la seconde.
Vouloir directement la seconde ne fait que nous en éloigner.